Ma vie a déraillé mercredi 16 quand ma sœur m’a appelé, en larmes, pour me dire de rentrer le plus vite possible parce que papa était au plus mal. Les docteurs ont trouvé des métastases dans son foie et ses os. J’étais sous le choc, incapable de prendre une décision, de faire quoi que ce soit. Heureusement, Sébastien a été super efficace et a réservé mon vol et ma quarantaine. Il a pris le premier vol possible, samedi, mais ce n’était pas assez rapide. Papa est décédé vendredi 18 et je n’ai pu lui parler une dernière fois que par WhatsApp.
Les 10 derniers jours sont un brouillard confus. Je ne sais comment, j’ai réussi à tout préparer : valise, test PCR, instructions pour Sébastien et les enfants, transfert de connaissances pour la vente d’uniformes d’occasion prévue pour le 26, absence au travail et auprès des représentants des parents d’élèves. J’ai pris l’avion le samedi 19. L’aéroport de Hong Kong était presque désert, c’était dingue. J’ai dû parcourir tout le terminal pour trouver un magasin ouvert qui vendait de l’eau. J’ai eu la chance d’avoir une amie sur le même vol pour Paris, une distraction bienvenue de ma triste réalité. Il m’a fallu 25,5 heures pour rejoindre la gare d’Avignon, temps d’attente compris. J’étais contente de voir ma sœur m’attendre à la gare.
Ma sœur et ma mère avaient déjà commencé à organiser les funérailles, à informer les gens, etc. Je ne pouvais pas apporter beaucoup d’aide de ce côté-là, alors je me suis chargée de l’intendance, mettre le repas sur la table, quoi. Lundi et mardi ont été très occupés par l’organisation des funérailles. Le téléphone n’arrêtait pas de sonner. Beaucoup de gens voulaient rendre hommage. C’est facile de mettre ses sentiments de côté quand on est très occupé comme ça.
Mercredi, je n’avais rien à faire alors j’ai passé l’après-midi avec mon grand-père, le papa de mon papa. C’est assez difficile pour lui d’enterrer son fils. Mais en même temps, à 98 ans, il a une longévité exceptionnelle ! Nous avons passé un très bon moment, il m’a raconté plein d’histoires de sa jeunesse.
Jeudi, la sœur, le frère et la belle-sœur de maman sont arrivés. Nous avons dîné dehors chez papa. Nous avons célébré son amour de la nourriture et de recevoir. Il aimait sa maison, il aimait cuisiner et c’était sa façon de montrer son affection.
Vendredi, c’étaient les funérailles. Ce fut une bonne journée et je pense qu’il aurait aimé. Trois de ses chorales ont chanté pendant l’office, plusieurs personnes ont parlé de son amour de la musique et c’était très émouvant. Il y avait beaucoup de monde dans l’église. Cela m’a fait chaud au cœur de voir tous ces gens se déplacer pour lui dire au revoir. Ses dernières années ont été assez dures et il se sentait très seul. Après l’office, nous avons déjeuné à Avignon avec la famille proche. Nous avons trouvé un endroit charmant où nous avions de l’intimité tout en étant dehors. Le repas était bon, nous nous sommes souvenus de sa vie. C’était aussi génial de voir ma famille, toutes ses personnes que je n’avais pas vue depuis au moins deux ans. Sans cela, j’aurais passé une autre année sans les voir. Même dans des circonstances aussi tristes, je suis heureuse de les avoir vues.
Poème lu durant l’office
La mort n’est rien : je suis seulement passé dans la pièce à côté.
Je suis moi. Vous êtes vous.
Ce que j’étais pour vous, je le suis toujours.
Donnez-moi le nom que vous m’avez toujours donné.
Parlez-moi comme vous l’avez toujours fait, n’employez pas un ton différent.
Ne prenez pas un air solennel ou triste.
Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.
Priez, souriez, pensez à moi, priez pour moi.
Que mon nom soit prononcé à la maison comme il l’a toujours été, sans emphase d’aucune sorte, sans une trace d’ombre.
La vie signifie tout ce qu’elle a toujours été. Le fil n’est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de vos pensées, simplement parce que je suis hors de votre vue ?
Je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin.
Après le déjeuner, nous sommes revenus chez papa et nous nous sommes réunis autour du platane et avons écouté un de ses morceaux de musique préférés. Et puis nous nous sommes séparés.
Ma mère travaillait dans le journal régional et l’un des journalistes a écrit un très bel article sur mon papa.
Note : La photo du haut a été prise de l’aéroport de Hong Kong pendant que j’attendais de partir. Coucher de soleil sur l’aéroport, c’est poétique pour un dernier voyage…



Dure épreuve en effet ! Il faut garder les bons souvenirs de ton papa
Toutes nos condoléances et prend soin de toi pendant ton confinement
Jacqueline et Yves